Objectifs d’apprentissage
- Connaître les fonctions de la monnaie et les formes de la monnaie.
- Comprendre comment le crédit bancaire contribue à la création monétaire, à partir du bilan simplifié d’une entreprise et de celui d’une banque.
- Comprendre le rôle de la banque centrale dans le processus de création monétaire, en particulier à travers le pilotage du taux d’intérêt à court terme sur le marché monétaire, et comprendre les effets que ces interventions peuvent produire sur le niveau des prix et sur l’activité économique.
I. Qu’est-ce que la monnaie ?
Objectifs d’apprentissages : connaître les fonctions de la monnaie et les formes de la monnaie.
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A. Les formes de la monnaie
On appelle monnaie tout intermédiaire des échanges qui sert à la fois à payer, à compter, et à stocker de la valeur (voir B.). Quand on comparer les sociétés et les époques, on peut voir que la monnaie a pris des formes très diverses.
Dans certaines sociétés, à certaines époques et dans certains contextes, les agents économiques ont utilisé une marchandise comme monnaie. C’est par exemple le cas du sel : dans la Rome antique, les soldats romains recevaient une partie de leur solde en sel, ce qui serait à l’origine du mot « salaire ». Cela a également été le cas, dans les camps de prisonniers allemands de la seconde guerre mondiale : les cigarettes servaient de monnaie.
Dès l’antiquité, des monnaies métalliques apparaissent, qui se généralisent au Moyen-Âge. Il s’agit de disques en métal précieux (or et argent notamment), frappés d’un symbole, dont la valeur est proportionnelle à celle du métal qu’elles contiennent. Les « Louis », ces pièces do’r portant l’effigie du roi, de profil, en sont un exemple célèbre.
À partir des 18ème et 19ème siècles, puis de manière plus massive au 20ème siècle, les monnaies fiduciaires se sont généralisées : il s’agit de pièces et de billets dont la valeur n’est plus liée à leur matériau : un billet de 100 € ne doit pas sa valeur au papier dont il est fait, mais du fait que ceux qui l’utilisent lui accordent cette valeur, et ont confiance dans le fait que les autres l’accepteront aussi. C’est cette confiance qui donne son nom à cette monnaie : « fiduciaire » vient du mot latin qui veut dire « se fier ».
Aujourd’hui, ce sont des écritures sur des comptes bancaires qui servent le plus couramment de monnaie. Utilisée dès le Moyen-âge par les marchands, cette monnaie scripturale est transférée du compte de l’acheteur au compte du vendeur grâce à des moyens de paiement (qui ne sont pas de la monnaie en eux-mêmes) : des chéquiers, des cartes bancaires, et aujourd’hui des téléphones. Elle représente aujourd’hui 90% de la masse monétaire.
On a donc assisté à un processus de dématérialisation de la monnaie : les monnaies marchandises ont une valeur intrinsièque, et un autre usage possible ; les monnaies métalliques gardent une valeur intrinsèque, mais n’ont pas d’autre usage possible ; la monnaie fiduciaire n’a pas de valeur intrinsèque, ni d’autre usage possible ; la monnaie scripturale non plus, et son encombrement matériel est nul.
B. Les fonctions de la monnaie
Une monnaie, quelle que soit sa forme, remplit trois fonctions : elle est un intermédiaire des échanges (« payer »), une unité de compte (« compter »), et une réserve de valeur (« stocker »).
La monnaie est d’abord un intermédiaire des échanges. Cela signifie qu’on l’utilise pour acheter ou vendre un bien ou un service : A vend un chapeau à B et reçoit de la monnaie, qu’il pourra utiliser pour acheter des chaussures à C. C’est par comparaison avec le troc qu’on comprend l’efficacité de la monnaie comme intermédiaire des échanges. A peut échanger son chapeau contre des chaussures, sans monnaie. Mais il faut qu’il trouve quelqu’un qui souhaite échanger des chaussures contre un chapeau : c’est possible, mais pas forcément très problable, ce qui ralentit et limite les échanges. C’est ce qu’on appelle le problème de la double coïncidence des besoins. La monnaie permet de le résoudre : B n’a pas de chaussures, mais il a de la monnaie ; A lui vend son chapeau et reçoit de la monnaie. C vend des chaussures, mais ne cherche pas de chapeau ; il acceptera en revanche la monnaie qui lui propose A en échange de ses chaussures.
La monnaie est ensuite une unité de compte. Cela signifie qu’elle permet d’exprimer le prix d’un bien ou d’un service, autrement dit de mesurer sa valeur. Là encore, c’est par comparaison avec le troc qu’on comprend l’efficacité de la monnaie comme unité de compte. On peut mesurer le prix d’un chapeau dans un système de troc : il suffit d’utiliser le bien contre lequel on l’échange comme unité de compte. Un (beau) chapeau vaut par exemple deux paires de chaussures. C’est un prix. Mais on voit bien le problème : dans un système de troc, il y a autant d’unités que de biens à échanger, ce qui complique les comparaisons. Par ailleurs, dans le troc, l’expression des prix bute sur le caractère indivisible des biens : si un (beau) chapeau vaut deux paires de chaussures, cela veut dire qu’une paire de chaussures vaut… un demi-chapeau. A devra donc accepter la moitié d’un chapeau en échange de sa paire de chaussure. La monnaie règle ces problèmes : avec une monnaie, le prix des biens et des services est exprimé dans une seule unité, très facile à subdividiser : un (beau) chapeau vaut 200,50 €, une paire de chaussures vaut 100,25 €.
La monnaie est enfin une réserve de valeur. Cela signifie qu’elle permet de stocker de la valeur, et de l’utiliser plus tard. Là encore, la comparaison avec le troc permet de comprendre son efficacité. Cette fois, A souhaite échanger des tomates contre de la viande. Il croise B, qui a de la viande, mais cherche un chapeau. Puis C, qui a de la viance, mais cherche des chaussures. Il croise enfin D, qui a de la viande, et qui veut des tomates. Problème : entretemps, les tomates ont pourri. Les marchandises sont de mauvaises réserves de valeur, quand elles sont périssables. Rien de tel pour les monnaies : métalliques, fiduciaires ou scripturales, elles sont impérissables. Elles permettent donc de stocker de la valeur, en attendant l’échange.
II. Qui crée la monnaie, et comment ?
Objectifs d’apprentissages : Comprendre comment le crédit bancaire contribue à la création monétaire, à partir du bilan simplifié d’une entreprise et de celui d’une banque
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A. Les enjeux de la création monétaire : ni trop ni trop peu
Dans un système économique, la quantité de monnaie en circulation peut varier dans le temps. Par exemple, dans les camps allemands dont les prisonniers utilisaient les cigarettes comme monnaie, la quantité de monnaie augmentait lorsque les prisonniers recevaient des colis de la Croix-Rouge ou des colis privés contenant des cigarettes, et elle diminuait si des prisonniers fumaient ce cigarettes. On parle de création monétaire pour désigner l’augmentation de la quantité de monnaie, et de destruction monétaire pour désigner la diminution de la quantité de monnaie.
Une création ou une destruction monétaires incontrôlées peuvent avoir des conséquences négatives. Si la création monétaire est excessive, la surabondance de monnaie va fortement stimuler la demande, si fortement que l’offre ne parviendra pas à suivre, ce qui créera de l’inflation : les agents économiques auront plus de monnaie, mais pas plus de biens, puisque les prix auront augmenter. Autrement dit, le pouvoir d’achat de la monnaie va diminuer : cela ruine les épargnants, qui stockaient sagement de la monnaie, en différant le moment où ils allaient l’utiliser.
À l’inverse, si la création monétaire est insuffisante, ou s’il y a une destruction monétaire excessive, la rareté de la monnaie fait chuter la demande, ce qui fait baisser les prix. Cette fois, ce sont les producteurs qui sont ruinés : ce qu’ils vendent ne leur rapporte plus assez.
Il est donc important que la création monétaire soit régulée et que sa quantité soit adéquate : qui s’en charge, et comment ?
B. Acteurs et mécanismes de la création monétaire
Dans les économies contemporaines, la création monétaire est assurée par une banque centrale, essentiellement par l’intermédiaire du crédit bancaire.
Une banque centrale est une institution publique (par opposition aux banques commerciales, ou ordinaires, ou de second rang, qui sont des entreprises privées), dont la mission est de réguler la quantité de monnaie en circulation. Il y a une banque centrale par zone monétaire : la BCE (banque centrale européenne) régule la quantité d’euros, la Federal Reserve Bank (banque centrale américaine) régule la quantité de dollars), la Bank of England (banque centrale britannique) régule la quantité de Livres Sterling, etc. Les banques centrales sont indépendantes des États. Ces derniers ont longtemps eu le pouvoir de créer de la monnaie : ils ne l’ont plus.
La monnaie existe sous deux formes : sous forme de monnaie fiduciaire (pièces, billets), et sous forme de monnaie scripturale. La banque centrale crée de la monnaie fiduciaire en fabriquant des pièces et des billets supplémentaires, tout simplement : elle est la seule à avoir le droit de le faire. Mais l’essentiel de la monnaie, de nos jours, est scripturale. Comment la banque centrale crée-t-elle de la monnaie scripturale ? Quand un agent économique ordinaire (vous, moi), achète un bien à un autre avec une carte bancaire, cela déclenche une écriture positive sur le compte du vendeur (exemple « +1000€ »), et une écriture négative sur son propre compte (exemple « -1000€ »). La banque centrale, elle, a le pouvoir exclusif de déclencher des écritures positives sur le compte des autres acteurs de l’économie, sans contrepartie négative sur son propre compte : elle crée ainsi de la monnaie scripturale supplémentaire.
Comment s’y prend-elle ? Elle peut d’abord acheter des actifs, et notamment des obligations, aux autres agents économiques. Si elle veut augmenter la quantité de monnaie, la banque centrale achète des obligations à des agents économiques qui en détiennent (pas au moment de leur émission, ni aux États) : cela déclenche une écriture positive sur le compte de ces agents économiques ; cela crée donc de la monnaie. Si la banque centrale veut détruire de la monnaie, il suffit qu’elle revende ces obligations : cela va déclencher une écriture négative sur le compte de ses acheteurs, ce qui détruit de la monnaie.
Mais l’essentiel de la création de monnaie scripturale se fait autrement, par l’intermédiaire du crédit bancaire. En effet, lorsque les banques commerciales accordent un crédit à leurs clients, elles ne puisent pas dans le compte des autres clients, ni dans leur propre compte : elles empruntent de la monnaie à la banque centrale, qui la crée pour elles. Quel est l’intérêt de ce mode de création monétaire ? Il préserve le contrôle du processus de création monétaire par une banque centrale, mais celui-ci est décentralisé, et s’adapte en temps réel aux besoins en monnaie des agents économiques. La banque centrale ne décide pas une fois par an de la quantité de monnaie qu’elle va créer : elle crée de la monnaie quand les banques font crédit, et les banques font crédit quand les agents économiques souhaitent consommer ou investir. La monnaie ainsi créée sera progressivement détruite, à mesure que les crédits sont remboursés. La quantité de monnaie s’ajuste donc de manière souple, quasi automatique, aux besoins des ménages et des entreprises.
III. La politique monétaire
Objectifs d’apprentissages : Comprendre le rôle de la banque centrale dans le processus de création monétaire, en particulier à travers le pilotage du taux d’intérêt à court terme sur le marché monétaire, et comprendre les effets que ces interventions peuvent produire sur le niveau des prix et sur l’activité économique.
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On a vu comme la banque centrale contrôle la quantité de monnaie, en créant ou détruisant de la monnaie. Cela permet à la banque centrale de mener des politiques monétaires. Une politique monétaire est une modification de la quantité de monnaie afin d’agir sur l’inflation ou le chômage. Son instrument le plus courant est le taux directeur : c’est le taux d’intérêt auquel elle prête aux banques commerciales lorsque celles-ci accordent des crédits.
Pour lutter contre l’inflation, une banque centrale augmente son taux directeur. Cela augmente les coûts des banques commerciales, qui doivent, pour préserver leurs profits, augmenter le taux d’intérêt auquel elles prêtent aux ménages et aux entreprises. Le volume de crédits bancaires va donc diminuer : face à des taux d’intérêts plus élevés, les ménages et les entreprises empruntent moins. Les ménages consomment donc moins, et les entreprises investissent moins. Or la consommation et l’investissement sont deux composantes de la demande : il s’agit dans les deux cas de biens (ou de services) achetés à des entreprises (par des ménages dans le cas de la consommation, par des entreprises dans le cas de l’investissement). La demande diminue donc : cela fait baisser les prix. Ce type de politique monétaire comporte un risque : celui de faire augmenter le chômage, puisque face à une demande moindre, les entreprises risquent de produire moins, donc de licencier ou d’embaucher moins. La BCE a décidé de prendre ce risque à l’été 2022 : face à la très forte accélération de l’inflation provoquée par la reprise post-covid et par la guerre en Ukraine, elle a augmenté à plusieurs reprises ses taux d’intérêt, jusqu’à l’autonme 2023, et ne les a baissé qu’à partir de l’été 2024, lorsque le taux d’inflation est repassé sous les 2%, sa cible.
Une banque centrale peut mener un autre type de politique monétaire, visant à diminuer le chômage. Cette fois, elle baisse son taux directeur. Cela fait baisser les coûts des banques commerciales, qui peuvent donc baisser les taux d’intérêts auxquels elles prêtent aux ménages et aux entreprises. Le volume de crédit augmente : les ménages et les entreprises empruntent plus. La consommation et l’investissement augmentent donc. Cette augmentation de la demande incite les entreprises à produire davantage. Pour cela, elles embauchent : ces créations d’emploi font diminuer le chômage. Ce type de politique comporte un risque : celui d’accélerer l’inflation, puisqu’une augmentation de la demande est susceptible de faire augmenter les prix si l’offre augmente moins vite. La Federal Reserve Bank a décidé de courir ce risque à la fin de l’été 2025 : face à une remontée du chômage aux Etats-Unis, elle a décidé de baisser ses taux directeurs, au risque d’accélérer l’inflation, dans un contexte où les droits de douane imposés par Donald Trump à la quasi totalité des produits importés poussent les prix vers le haut.