Objectifs d’apprentissage
- Comprendre que le financement consiste à couvrir des besoins de financement par des capacités de financement.
- Comprendre que le taux d’intérêt – à la fois la rémunération du prêteur et le coût du crédit pour l’emprunteur – est le prix sur le marché des fonds prêtables.
- Savoir que le revenu disponible des ménages se répartit entre consommation et épargne et qu’ils peuvent dégager des besoins ou des capacités de financement.
- Savoir ce qu’est l’excédent brut d’exploitation et comprendre que les entreprises se financent par autofinancement et financement externe (emprunts bancaires et recours au marché financier, en particulier actions et obligations).
- Savoir que le solde budgétaire résulte de la différence entre les recettes (fiscales et non fiscales) et les dépenses de l’État ; comprendre que le déficit budgétaire est financé par l’emprunt et savoir qu’une politique de dépenses publiques peut avoir des effets contradictoires sur l’activité (relance de la demande / effet d’éviction).
I. Qui sont les acteurs de l’économie ?
Objectifs d’apprentissages : rappels, notions de base
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Comme tous les systèmes économiques qui lui ressemblent, l’économie française met en relation trois catégories d’acteurs : les entreprises, les ménages, et l’État.
Les entreprises — privées pour la plupart d’entre elles — sont des organisations qui produisent des biens et des services dans le but de les vendre, et d’en tirer profit : c’est ce qu’on apelle la production marchande. Pour produire, elles ont besoin de facteurs de production, et notamment de travail, qu’elles achètent aux ménages. Prix de cette transaction, les salaires constituent à la fois un coût pour les entreprises, et un revenu pour les ménages, aux côtés d’autres sources de revenus (revenus du patrimoine, revenus de la redistribution). Ces revenus permettent aux ménages de consommer les biens et les services produits par les entreprises, et d’épargner.
Parallèlement à ces échanges entre entreprises et ménages, L’État, un vaste ensemble d’administrations dirigées par des instutitions politiques, intervient lui aussi dans l’économie. En fixant des règles, d’abord. En prélevant des impôts, ensuite. Et en utilisant ces impôts pour produire des services collectifs (une production non-marchande), pour redistribuer les revenus (revenus sociaux), et pour financer des infrastructures, utilisées par les ménages et les entreprises.
On voit donc que les entreprises, les ménages, et l’État sont liés les uns aux autres par un ensemble d’échanges qui tournent autour de la production (marchande ou non-marchande) : c’est ce qu’on appelle la sphère réelle de l’économie. Mais ils sont également liées par un ensemble d’échanges qui tournent autour du financement de leurs activités respectives : c’est ce qu’on apelle la sphère financière de l’économie. Examinons-la de plus près.
II. Besoin de financement pour les uns, capacité de financement pour les autres
Objectifs d’apprentissages : Comprendre que le financement consiste à couvrir des besoins de financement par des capacités de financements. (…) Savoir que le revenu disponible des ménages se répartit entre consommation et épargne et qu’ils peuvent dégager des besoins ou des capacités de financement. Savoir ce qu’est l’excédent brut d’exploitation et comprendre que les entreprises se financent par autofinancement et financement externe. Savoir que le solde budgétaire résulte de la différence entre les recettes (fiscales et non fiscales) et les dépenses de l’État.
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Les ménages, les entreprises et l’État achètent toutes sortes de choses : des machines, des logements, des biens de consommation, des brevets, de l’énergie, etc. Il faut qu’ils financent ces dépenses. Financer une dépense, c’est trouver les fonds (autrement dit, l’argent) nécessaires pour la payer. Parfois, les acteurs économiques peuvent financer leurs dépenses en puisant dans leur propres ressources : leur revenu, une épargne accumulée antérieurement, un patrimoine qu’ils liquident (c’est-à-dire qu’ils transforment en argent). On parle alors d’auto-financement. Mais parfois, soit parce que leurs ressources sont insuffisantes, soit parce qu’ils préfèrent les utiliser à autre chose, ils sollicitent les ressources d’autres acteurs économiques. On parle alors de financement externe. On dit que les acteurs qui sollicitent des ressources supplémentaires par rapport à celles dont ils disposent ont un besoin de financement. Pour que ce besoin soit satisfait, il faut que d’autres acteurs disposent de ressources qu’ils n’utilisent pas : on dit de ces derniers qu’ils ont une capacité de financement.
Qui a besoin de financement ? Qui a une capacité de financement ?
Les ménages, pris dans leur ensemble, sont en capacité de financement : ils épargnent 18% de leur revenu disponible en moyenne, ce qui, une fois déduite l’épragne investie dans l’immobilier, constitue un stock de ressources inutilisées, que les entreprises et l’Etat peuvent solliciter. Cette moyenne cache cependant des situations diverses, et parmi les ménages, certains sont en besoin de financement, soit parce que leurs revenus sont trop bas pour faire face à des dépenses courantes, soit parce qu’ils envisagent des dépenses exceptionnellement coûteuses, comme l’achat d’un logement.
Les entreprises, prises dans leur ensemble sont en besoin de financement : elles doivent investir pour croître, innover, rester compétitives ; or l’investissement est généralement coûteux. Certaines parviennent à l’auto-financer grâce à leur excédent brut d’exploitation (chiffre d’affaire — salaires — consommations intermédiaires) ou en vendant des actifs, mais la plupart doivent recourir à des financements externes.
L’État est lui aussi en besoin de financement : il doit financer son solde budgétaire (total des recettes fiscales et non fiscales moins total des dépenses publiques) lordque celui-ci est négatif. On parle alors de déficit public. L’Etat est constamment en déficit public depuis 1974, pour deux raisons : d’une part, les dépenses publiques ont augmenté sous l’effet de l’augmentation du chômage, de l’augmentation de l’espérance de vie et de la démocratisation de l’école, qui ont augmenté les dépenses de l’Etat en prestations sociales et en salaires ; d’autre part les recettes fiscales ont ralenti, sous l’effet d’un ralentissement de la croissance économique, et d’une baisse des taux d’imposition.
Le financement des activités économiques consiste donc à couvrir les besoins de financement des uns par les capacités de financement des autres. Mais comment, concrètement, cet échange se produit-il ?
III. Quels instruments de financement ?
Objectifs d’apprentissages : (…) Comprendre que les entreprises se financent par autofinancement et financement externe (emprunts bancaires et recours au marché financier, en particulier actions et obligations). (… Comprendre que le taux d’intérêt – à la fois la rémunération du prêteur et le coût du crédit pour l’emprunteur – est le prix sur le marché des fonds prêtables. (…) Comprendre que le déficit budgétaire est financé par l’emprunt
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Le financement des activités économiques consiste, on l’a vu, à couvrir les besoins de financement des uns par les capacités de financement des autres. Mais comment, concrètement, cet échange se produit-il ? Comment, techniquement, les acteurs en besoin de financement accèdent-ils aux ressources inuitilisées des acteurs en capacités de financement ?
Ce sont les entreprises qui dispose de la gamme la plus large d’instruments de financement externe. Une entreprise en besoin de financement a trois moyens principaux pour accéder à l’épargne des ménages. Elle peut solliciter un emprunt auprès des banques dans lesquelles les ménages conservent leur épargne. Elle peut également émettre des obligations, des titres de dette qu’elle propose aux ménages (ou aux intermédiaires financiers qui gèrent leur épargne) d’acheter sur un marché dédié (le marché obligataire). Enfin, si son statut juridique le permet, elle peut émettre des actions, c’est-à-dire des titres de propriété qu’elle propose à la vente, notamment sur un autre marché dédié (le marché des actions, communément appelé « la bourse »). On nomme financement de marché les émissions d’obligation et d’action : par opposition au financement bancaire, ou intermédié, l’intervention des banques n’est pas indispensable (ce qui n’empêche pas les banques d’achèter des actions ou des obligations).
L’emprunt bancaire et l’émission d’obligations impliquent le paiement d’intérêts. Ces derniers sont déterminés par un taux d’intêrêt. Celui-ci constitue le prix des fonds prêtables. Il varie en fonction de l’offre et de la demande de fonds prêtables, du risque que le prêteur prend en prêtant, de la durée du prêt, et du taux d’inflation, dont dépend le taux d’intérêt réel. Les intérêts constituent un coût de financement pour l’emprunteur (que ce dernier espère compenser par les revenus futurs que ses investissements permettront), et une rémunération pour le prêteur (qui fait ainsi fructifier son épargne, transformée en placement).
Les actions n’impliquent pas le paîement d’intérêts : en échange de ses fonds, l’actionnaire possède un titre qu’il peut revendre (dans l’espoir d’une pus value), et l’entreprise ne lui doit rien d’autre qu’une part (éventuelle) de ses profits (les dividendes). L’émission d’actions est donc le mode de financement le moins coûteux pour les entreprises. Mais elle disperse la propriété de l’entreprise, ce qui l’expose à être rachetée par des concurrents : c’est ce qui est arrivé à Suez, racheté à ses actionnaires par Veolia, malgré le désaccord de ses dirigeants.
La gamme des moyens de financement à la disposition des autres acteurs de l’économie est moins large. Les ménages qui sont en besoin de financement ne peuvent recourir qu’à l’emprunt bancaire : ils ne peuvent pas émettre d’obligations, ni d’actions. L’État, lui, ne peut pas recourir à l’emprunt bancaire (on verra pourquoi dans le chapitre sur la monnaie), ni émettre d’actions : il ne peut qu’émettre des obligations, qu’on appelle des bons du trésor.
IV. Faut-il s’alarmer de la dette publique ?
Objectifs d’apprentissages : (…) Comprendre que les entreprises se financent par autofinancement et financement externe (emprunts bancaires et recours au marché financier, en particulier actions et obligations). (… Comprendre que le taux d’intérêt – à la fois la rémunération du prêteur et le coût du crédit pour l’emprunteur – est le prix sur le marché des fonds prêtables. (…) Comprendre que le déficit budgétaire est financé par l’emprunt
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Les acteurs qui financent leur besoin de financement par l’emprunt bancaire ou l’émission d’obligation s’endettent. En soi, être endetté n’est pas nécessairement un problème. Certes, certains ménages sont sur-endettés : ils empruntent parce que leurs revenus ne suffisent pas à payer leurs dépenses courantes ; le remboursement de ces emprunts ampute un peu plus leur revenu, ce qui les amène à s’endetter à nouveau, etc. Mais il est parfois tout à fait bénéfique de s’endetter : s’endetter permet de ne pas différer un achat susceptible de procurer des revenus supplémentaires ; l’endettement est rationnel si ces revenus supplémentaires sont supérieurs, à terme, aux intérêts versés. Un ménage endetté parce qu’il a emprunté pour acheter son logement fait des économies de loyers qui dépasseront, à terme, le montant des intérêts versés. Qu’en est-il pour la dette de l’Etat ? Quatre arguments au moins invitent à relativiser les discours alarmistes — très fréquents — sur la dette publique.
Premièrement, l’endettement de l’Etat est en réalité faible, rapporté aux recettes fiscales, quand on le compare à celui d’un ménage qui s’endette pour acquérir son logement : la dette contractée par un ménage qui gagne 4000 € par mois et qui emprunte pour acheter un appartement à 3000 €, équivaut à plus de 10 ans de ses revenus annuels ; celle de l’Etat (3300 milliards d’euros environ) ne représente qu’un peu plus de 2 ans de recettes fiscales (1500 milliards d’euros envion).
Deuxièmement, la dette de l’Etat est la conséquence d’emprunts qui ont financé et financent encore des investissements publics qui créent à long terme des richesses supplémentaires : des écoles, qui rendront les futurs travailleurs plus savants donc productifs ; des hôpitaux et un système de santé protecteur, qui contribuent à l’efficacité des ; un réseau routier, feroviaire, aéroprotuaire, qui accélère le transport des marchandises et des passages, donc qui accroît l’efficacité économique ; etc.
Troisièmement, les dépenses publiques financés par l’emprunt stimulent la demande de biens et de services, donc la production et l’emploi : lorsque l’Etat commande à une entreprise de BTP 50 km de routes supplémentaires, il stimule la production de ces entreprises, ce qui les amène à embaucher, et à fournir des salaires. Or, des entreprises qui produisent plus, des travailleurs plus nombreux, cela veut dire plus de recettes fiscales.
Quatrièmement, le coût de l’emprunt est faible pour l’Etat français : considéré comme un débiteur sûr, il bénéficie (pour l’instant) de taux intérêts assez faibles.
Mais on aurait tort de nier complètement les problèmes que pose la dette publique française. Celle-ci pose quatre poblèmes.
Premier problème : l’Etat ne s’endette pas uniquement pour financer de investissements d’avenir ; il le fait aussi pour payer une partie de ses dépenses courantes, un peu comme un ménage qui emprunterait, non pas pour acheter son logement, mais pour payer ses factures d’électricité.
Deuxième problème : même si les taux d’intérêt demandés à l’Etat sont faibles, la masse des sommes empruntés est telle que le montant total des intérêt à payer est lourd. Devenu l’une des premières dépenses publiques, la charge de la dette absorbe une part importante des recettes fiscales, dont on pourrait faire d’autres usages avec un endettement moindre.
Troisièmement, les taux d’intérêts étaient faibles, et le restent encore, mais ils augmentent : s’ils augmentaient trop, la charge de la dette deviendrait critique.
Quatrièmement, en s’endettant, l’Etat fait augmenter la demande de fonds prêtables, ce qui en fait monter le prix (le taux d’intérêt) pour tous les acteurs qui souhaitent emprunter, notamment pour les entreprises. Cela peut amener ces dernières à investir moins, ce qui va diminuer la demande de biens, donc la production, donc l’emploi : c’est ce qu’on appelle un effet d’éviction (l’effet inverse du stimulus budgétaire). Enfin, le montant de la dette est supérieur à ce que l’UE autorise.
Il ne semble donc pas absurde de chercher à réduire la dette publique. Reste à savoir comment : c’est un débat politique majeur.