Objectifs d’apprentissage
- Comprendre le rôle des dotations factorielles et technologiques (avantages comparatifs) dans les échanges commerciaux et la spécialisation internationale. Comprendre le commerce entre pays comparables (différenciation des produits, qualité des produits, et fragmentation de la chaîne de valeur.
- Comprendre que la productivité des firmes sous-tend la compétitivité d’un pays, c’est-à-dire son aptitude à exporter.
- Comprendre l’internationalisation de la chaîne de valeur et savoir l’illustrer.
- Comprendre les effets induits par le commerce international : gains moyens en termes de baisse de prix, réduction des inégalités entre pays, accroissement des inégalités de revenus au sein de chaque pays ; comprendre les termes du débat entre libre-échange et protectionnisme.
I. Commerce international, internationalisation de la production : de quoi parle-t-on ?
Objectif d’apprentissage : rappels, savoir de base
Podcast : à venir.
Ce chapitre porte sur deux phénomènes distincts, mais liés : le commerce international, et l’internationalisation de la production.
Le commerce international désigne l’ensemble des importations et des exportations. Une importation est une marchandise achetée par un agent économique du pays étudié à un agent économique d’un autre pays. Une exportation est une marchandise vendue par un agent économique du pays étudié à un agent économique d’un autre pays. Si le commerce international n’est pas un phénomène nouveau – pensez aux échanges intenses entre les territoires bordant la Méditerranée pendant l’Antiquité – il a connu un essor considérable après la seconde guerre mondiale, essor qui s’est accéléré à partir des années 1990, pour des raisons que nous étudierons dans ce chapitre.
Ce chapitre porte sur un deuxième phénomène : l’internationalisation de la production. Cette expression désigne l’implantation dans différents pays, par les entreprises, des différentes étapes de leur production. Ce phénomène ne doit pas être confondu avec le commerce international, mais il lui est lié : lorsqu’une entreprise internationalise sa production, cela accroît le commerce international ; et réciproquement, le développement du commerce international a facilité l’internationalisation de la production. Leur essor est d’ailleurs parallèle : comme le commerce international, l’internationalisation de la production s’est fortement accélérée à la fin du 20ème siècle.
Ces deux phénomènes constituent deux aspects majeurs de ce qu’on appelle la mondialisation économique. Il s’agit d’en comprendre les causes et d’en analyser les conséquences, afin d’éclairer les débats qu’ils suscitent.
II. Comment comprendre les échanges commerciaux et la spécialisation internationale ?
A. Le rôle des dotations factorielles et des avantages comparatifs
Objectif d’apprentissage : comprendre le rôle des dotations factorielles et technologiques (avantages comparatifs) dans les échanges commerciaux et la spécialisation internationale.
Podcast : à venir.
Quelles sont les causes du commerce international et des spécialisation des pays qui y participent ? Pourquoi, par exemple, la France importe-t-elle des vêtements produits en Asie du Sud Est, et pourquoi le Vietnam importe-t-il des automobiles produites en Europe ? Pourquoi la France ne produit-elle pas elle-même des vêtements, et le Vietnam des voitures ? Et pourquoi Le Vietnam n’exporte-t-il pas des avions, plutôt que des t-shirts ?
Chaque pays dispose d’une dotation factorielle et technologique spécifique. La dotation factorielle et technologique d’un pays désigne l’ensemble des facteurs de production dont il dispose (quantité et type de travail ; quantité et type de capital, quantité et types de technologies, quantité et type de ressources naturelles), et leur abondance relative. Au Vietnam, par exemple, la main d’œuvre non qualifiée est abondante, alors que le capital, les technologies avancées et les ressources minières sont rares. En France, le capital est abondant, les technologies avancées aussi, tout comme la main d’œuvre qualifiée, alors que les ressources minières sont rares. En Arabie Saoudite, le travail est rare, mais les ressources naturelles en pétrole sont abondantes.
Ces dotations factorielles donnent un avantage comparatif à chacun des pays. L’avantage comparatif d’un pays désigne la branche (c’est-à-dire le type de produit) dans laquelle il dispose de la plus grande supériorité sur les autres pays, ou de la plus petite infériorité, en termes de coûts de production ou de productivité. Ainsi, au Vietnam, la main d’œuvre peu qualifiée est abondante, donc peu coûteuse : produire des biens manufacturés simples, qui nécessitent peu de capital, comme des t-shirts, est donc moins coûteux que dans d’autres pays : le Vietnam dispose d’un avantage comparatif pour la production de t-shirts. La France dispose, elle, d’un avantage comparatif pour la production de biens manufacturés technologiquement complexes, comme des automobiles ou des avions : produire ce type de biens au Vietnam, moins bien doté en technologies avancées et en main d’œuvre qualifiée, serait moins efficace et plus coûteux ; leur prix serait donc plus élevé. L’Arabie saoudite dispose, elle, d’un avantage comparatif pour l’extraction de pétrole : grâce à ses gisements abondants et techniquement faciles à exploiter, l’extraction de pétrole est moins coûteuse qu’ailleurs, donc le pétrole saoudien est moins cher.
Dans ces conditions, si les pays s’ouvrent au commerce international (par exemple en signant un traité de libre-échange) alors chacun d’entre eux va se spécialiser dans la branche pour laquelle il dispose d’un avantage comparatif. Cette spécialisation s’opère spontanément, par le jeu de la concurrence. En effet, grâce à l’avantage comparatif dont dispose le Vietnam pour la production de t-shirts, les entreprises vietnamiennes qui produisent ce type de bien sont plus compétitives que leurs concurrentes françaises ou saoudiennes : leurs coûts de production étant moindres, elles proposent des prix plus bas, et leurs concurrentes disparaissent. Pour les mêmes raisons, les entreprises françaises qui produisent des automobiles s’imposent sur les marchés vietnamien et saoudien : si des entreprises vietnamiennes ou saoudiennes essayaient de produire des automobiles, elles seraient vaincues par les entreprises françaises, plus compétitives. De même, les entreprises saoudiennes qui produisent du pétrole s’imposent sur les marchés vietnamien et saoudien, grâce à leurs coûts de production et leur prix plus bas. À la fin de ce processus, les trois pays sont spécialisés : la production, dans chacun d’entre eux, se concentre dans la branche où ils disposent d’un avantage comparatif ; les branches où ils ne disposent pas d’un avantage comparatif sont détruites par la concurrence des produits importés ; chacun d’eux exporte vers les autres pays le bien qu’il produit, et importe les autres biens.
Ce raisonnement en termes de branches vaut aussi en termes de tâches. Un pays peut certes se spécialiser dans la production d’un type de bien (la Côte d’Ivoire, par exemple, est spécialisée dans l’exportation de cacao), mais il peut également se spécialiser dans le type de tâche qui correspond à sa dotation factorielle. Un pays qui dispose d’une main d’œuvre peu qualifiée abondante trouvera ainsi avantage à se spécialiser dans les tâches d’assemblage. Un pays qui dispose d’une main d’œuvre qualifiée abondante et de technologies avancées trouvera lui avantage à se spécialiser dans les tâches de conception. On le verra un peu plus tard : c’est un des facteurs qui explique l’internationalisation de la production.
Depuis Adam Smith et David Ricardo, la majorité des économistes avancent que cette spécialisation créée par le commerce international engendre des gains mutuels pour tous les partenaires de l’échange : chacun d’entre eux offre aux autres des biens (ou des tâches) moins chers que s’ils avaient été réalisés localement, et peut concentrer ses facteurs de productions (travail, capital) dans la branche (ou la tâche) où ils sont le mieux utilisés, ce qui favorise la croissance économique. On reviendra sur ces mécanismes, et sur leurs limites.
On tient donc une première réponse à nos questions de départ. Pourquoi les pays s’ouvrent-ils au commerce international, plutôt que de tout produire eux-mêmes ? Parce que le commerce permet la spécialisation, et que la spécialisation est une source de gains mutuels. Et pourquoi se spécialisent-ils dans telle ou telle branche ? En fonction de leur dotation factorielle et technologique, qui détermine leur avantage comparatif. Il reste cependant une énigme : pourquoi des pays aux dotations factorielles comparables, comme l’Allemagne et la France par exemple, commercent-ils ?
B. Commerce entre pays comparables : le rôle de la différenciation des produits et de la fragmentation de la chaîne de valeur
Objectif d’apprentissage : comprendre le commerce entre pays comparables (différenciation des produits, qualité des produits, et fragmentation de la chaîne de valeur)
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L’analyse précédente, héritée d’Adam Smith et David Ricardo, permet de comprendre le commerce entre pays différents, c’est-à-dire entre pays ayant des dotations factorielles différentes, dotations qui déterminent leur spécialisation dans des branches (ou des tâches) différentes. Pourtant, une part importante du commerce international relève aujourd’hui d’un commerce entre pays comparables, c’est-à-dire entre des pays aux dotations factorielles proches échangeant des biens (ou des tâches) du même genre. L’Allemagne est ainsi le premier partenaire commercial de la France, et chacun des deux pays exporte des automobiles vers l’autre ; de même, le Portugal est partenaire commercial majeur pour la France, et chacun des deux pays exporte vers l’autre des pièces pour l’industrie aéronautique. Pourquoi ?
Ce type d’échange est d’abord dû à une différenciation des produits. En effet, lorsqu’on y regarde de près, on se rend compte que les produits échangés dans le commerce entre pays comparables ne sont pas strictement identiques. Ils se distinguent soit par des différences de qualité et de position dans la gamme (Mercedes exporte des SUV luxueux, alors que Dacia, filiale de Renault, exporte des véhicules low cost), soit par des différences au sein d’une même gamme, à un même niveau de qualité, par exemple des différences de design ou d’image (Volkswagen produit par exemple des véhicules aux formes plutôt anguleuses, Renault des véhicules aux formes plutôt arrondies). La différenciation est dite verticale dans le premier cas, horizontale dans le deuxième. Dans les deux cas, cette différenciation est rendue possible par la diversité des consommateurs et de leurs préférences, et permet des économies d’échelle. En effet, face à des consommateurs aux préférences différentes, le commerce international permet aux entreprises de différencier leur produit, et de se spécialiser sur cette différence. Un constructeur automobile français se spécialisera par exemple dans la production du modèle A, et délaissera la production du modèle B, qui sera prise en charge par une entreprise allemande. L’entreprise française, en vendant le modèle A aux consommateurs français et allemands, réalise des économies d’échelles : ses dépenses de conception sont diluées grâce à une augmentation des quantités vendues, son coût de production unitaire diminue, elle peut baisser son prix. Et réciproquement pour l’entreprise allemande, qui vend le modèle B aux consommateurs allemands et français, à un prix plus bas que si elle ne pouvait pas exporter. On retrouve finalement le raisonnement de Smith et Ricardo : le commerce international engendre une spécialisation, mutuellement bénéfique ; mais cette fois, il s’agit d’une spécialisation au sein d’une même branche, grâce à une différenciation des produits, permise par la diversité des préférences des consommateurs.
Le commerce entre pays comparables s’explique par un deuxième facteur : la fragmentation et l’internationalisation de la chaîne de valeur. On appelle chaîne de valeur la suite des étapes de la production d’un bien, chaque étape ajoutant de la valeur à ce dernier. Chaque étape peut être réalisée dans des pays différents, en fonction de leur dotation factorielle : c’est ce qu’on appelle l’internationalisation de la chaîne de valeur, qui contribue au commerce entre pays différents. Mais en plus de leur internationalisation, ces chaines de valeur connaissent un processus de fragmentation : cela signifie qu’elles sont décomposées en étapes de plus en plus fines. On passe par exemple d’une situation où l’entreprise A effectuait les tâches de conception dans le pays 1, l’entreprise B la production des pièces dans le pays 2, et l’entreprise C les tâches d’assemblage dans le pays 3, à une situation où la production des pièces est répartie entre trois entreprises, B1, B2 et B3 : la production est décomposée en 5 tâches, au lieu de 3. Or il se peut tout à fait que B1, B2 et B3 soient implantées dans trois pays distincts : 2, 4 et 5. Il s’agira nécessairement de trois pays aux dotations factorielles proches, puisqu’il s’agit du même type de tâche : la production de pièces. Mais ces trois entreprises ont chacune un savoir-faire spécifique, où elles sont plus compétitives que les autres, grâce à des coûts moindres ou une productivité plus élevée. Cette situation engendre donc un commerce entre pays comparable : la pièce est commencée dans le pays 2, sa fabrication se poursuit dans le pays 4, elle s’achève dans le pays 5. C’est par exemple le cas en France et au Portugal pour certaines pièces métalliques destinées à l’industrie aéronautique : une pièce en aluminium est fondue dans une fonderie en France (B1), avant d’être exportée au Portugal pour y être pressée par une deuxième entreprise (B2), puis ré-exportée en France où elle y sera martelée par une troisième entreprise (B3). Cette chaîne de valeur fragmentée et internationalisée suscite donc bien un commerce entre pays aux dotations factorielles comparables, ici entre la France et le Portugal. On retrouve là encore le raisonnement de Ricardo, mais appliqué aux étapes de plus en plus fines de la production : la fragmentation et l’internationalisation de la production engendrent une spécialisation fine sur des tâches différentes, réalisées dans des pays distincts, mais aux dotations factorielles proches ; et cette spécialisation est mutuellement bénéfique.
III. Comment comprendre l’internationalisation de la chaîne de valeur ?
Objectif d’apprentissage : comprendre l’internationalisation de la chaîne de valeur et savoir l’illustrer.
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Parallèlement à l’essor du commerce international, la production s’est internationalisée. On a en effet assisté à l’émergence de chaînes de valeur mondiales (CVM), c’est-à-dire à la répartition des différentes étapes de la production entre plusieurs pays, parfois nombreux. La production de l’Iphone d’Apple en est un exemple : conception en Californie, extraction des matières premières au Chili, en Australie ou en Nouvelle-Calédonie, production des composants en Europe, au Japon, ou en Corée du Sud, assemblage en Chine, commercialisation un peu partout dans le monde. Pour comprendre cette internationalisation des chaînes de valeur, il faut se poser trois questions : comment la production s’est-elle internationalisée, pourquoi, et avec quelles conséquences ?
Comment les chaînes de valeurs se sont-elles internationalisées ? Les entreprises qui ont internationalisé leur production – on les nomme multinationales, ou transnationales – l’ont fait de deux manières : par des investissements directs à l’étranger (IDE) ou par la sous-traitance internationale. Imaginons une entreprise, A, qui produit un bien dont la production se décompose en trois tâches, 1, 2 et 3, localisées dans un seul et même pays, X. Elle peut internationaliser sa production de deux manières. Première manière : elle maintient la tâche 1 dans le pays X, mais elle implante les autres à l’étranger. Elle crée une usine dans le pays Y, qui effectuera la tâche 2, et elle rachète une entreprise dans le pays Z, qui devient ainsi sa filiale, à qui elle confie la tâche 3 : dans les deux cas, c’est une acquisition de capital fixe, autrement dit un investissement, mais un investissement à l’étranger. Deuxième manière : elle externalise ses opérations 2 et 3, c’est-à-dire qu’elle les confie à deux autres entreprises B et C qui ne lui appartiennent pas, qu’on appelle des sous-traitantes, implantées dans les pays Y et Z. Samsung illustre la première stratégie, Apple la deuxième.
Pourquoi les entreprises décident-elle d’internationaliser leur production ? Parce que cela leur permet de maximiser leurs profits – ce qui est l’objectif ultime de toute entreprise – grâce à quatre mécanismes :
- L’internationalisation de la production permet aux entreprises d’exploiter les dotations factorielles et les avantages comparatifs des différents pays, ce qui leur permet de minimiser leurs coûts de production et/ou de maximiser leur productivité. Les I-phone d’Apple sont ainsi conçus dans les centres de recherche et développement de la Silicon Valley, où le travail qualifié est abondant et où l’environnement technologique est favorable ; ses matières premières (lithium, cuivre, cobalt, …) sont extraites dans des pays qui disposent d’importants gisements ; ses composants sont produits dans des pays qui disposent des technologies et des compétences adéquates ; l’assemblage est réalisé en Chine car le travail peu qualifié y est abondant et peu coûteux.
- L’internationalisation de la production permet aux entreprises d’accéder à un ou plusieurs marchés étrangers. La localisation géographique des Apple stores le reflète : l’entreprise a implanté ses magasins auprès des clientèles riches (Amérique du Nord, Europe) et dans les marchés en croissance (Chine), plutôt qu’en Afrique.
- L’internationalisation de la production permet aux entreprises d’exploiter les spécificités institutionnelles des différents pays : stabilité politique, fiscalité, etc. Là encore, Apple illustre ce mécanisme : le siège social pour l’Europe et l’Asie est implanté en Irlande, où l’impôt sur les bénéfices est bas ; a contrario, l’instabilité politique de certains pays d’Afrique dissuade l’entreprise d’y implanter ses activités d’assemblage, alors même qu’elle pourrait y trouver une main d’œuvre peu coûteuse.
- Enfin, les entreprises ont été incitées à internationaliser leur production par la baisse du coût des échanges internationaux : le progrès des techniques portuaires et logistiques (conteneurs standardisés, porte-conteneurs de grande taille, grues automatisées dans les ports, etc.) et la baisse des droits de douane consécutive à la multiplication des accords de libre-échange ont rendu peu coûteux les nombreux flux de marchandises suscités par les chaînes de valeur mondiale : importations de composants et de matières premières, exportations successives du produit en cours de fabrication, ré-exportation vers le consommateur final, etc.
De telles chaînes de valeur mondiales ont eu deux conséquences sur le commerce international. Une conséquence quantitative, d’abord : aujourd’hui, plus de la moitié des échanges mondiaux sont la conséquence des chaînes de valeur mondiales ; leur multiplication a porté l’essor du commerce mondial. Une conséquence qualitative, ensuite : les différents pays impliqués dans une CVM sont spécialisés non plus dans la production d’un type de bien, mais dans la réalisation d’une étape de la production : on est passé d’un commerce de produits à un commerce de tâches.
IV. Libre-échange ou protectionnisme ?
Objectif d’apprentissagee : comprendre les effets induits par le commerce international (gains moyens en termes de baisse de prix, réduction des inégalités entre pays, accroissement des inégalités de revenus au sein de chaque pays) ; comprendre les termes du débat entre libre-échange et protectionnisme.
A. Libre-échange, protectionnisme : de quoi parle-t-on ?
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Le libre-échange et le protectionnisme sont deux politiques commerciales diamétralement opposées. On appelle libre-échange la politique commerciale par laquelle deux États ou plus s’engagent mutuellement à lever les obstacles aux importations : cet accord mutuel est officialisé par un traité, un traité de libre-échange. On appelle protectionnisme la politique commerciale contraire, par laquelle un État (ou un groupe d’États, comme l’Union européenne), instaurent des obstacles aux importations afin de protéger les producteurs (et les emplois) locaux contre la concurrence des marchandises importées.
Ces obstacles peuvent être tarifaires ou non-tarifaires. Les droits de douanes sont des obstacles tarifaires : ce sont des taxes appliquées aux marchandises importées, qui en augmentent le prix. Les obstacles non-tarifaires sont multiples : il peut s’agir de quotas, qui fixent un plafond aux quantités annuelles de marchandises importées admises sur le marché local ; il peut s’agir de normes, environnementales ou sanitaires par exemple, auxquelles les producteurs locaux sont soumis, et auxquelles ont soumet également les marchandises importées, afin d’éviter une concurrence déloyale ; il peut s’agir de subventions, c’est-à-dire d’aides financières fournies aux producteurs locaux, afin qu’ils puissent vendre à des prix plus bas, malgré des coûts de production plus élevés.
Le choix du libre-échange ou du protectionnisme par un État dépend de son évaluation des effets du commerce international. S’il considère que le commerce international est bénéfique pour son pays, il optera pour le libre-échange. S’il considère au contraire que le commerce international met l’économie du pays en péril, il optera pour le protectionnisme. Toutes les positions intermédiaires sont possibles. Un État peut signer un traité de libre-échange avec certains État, et dresser des obstacles aux importations qui proviennent d’autres État. Et un accord de libre-échange peut ne concerner que certaines marchandises, pas toutes.
Historiquement, le libre-échange a connu un puissant essor après la seconde guerre mondiale, avec une accélération dans les années 1990. D’abord dans le cadre du GATT (accord général sur les tarifs douaniers et le commerce), une longue série de négociations commerciales, commencée en 1947 à 23 pays, et répétée jusque dans les années 1990 à plus de 100 pays. Puis sous la houlette de l’OMC (organisation mondiale du commerce), une institution créée en 1994, et dédiée à la promotion du commerce international. Depuis les années 2010, cependant, le libre-échange est remis en cause : la période récente est marquée par un retour en force du protectionnisme, notamment aux États-Unis.
Le débat entre partisans du libre-échange et partisans du protectionnisme est donc un débat sur les effets du commerce international. Quels sont ses bienfaits, et qui sont ses gagnants ? Quels en sont les dégâts, et qui en sont les perdants ? Examinons les arguments des uns et des autres.
B. Le commerce international a des effets bénéfiques, qui plaident pour le libre-échange
1. Le commerce international fait baisser les prix
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Les partisans du libre-échange mettent en avant un premier effet positif du commerce international : celui-ci permet non seulement d’accéder à un plus large choix de marchandises (sans commerce international, pas de fruits exotiques ou de mangas japonais, par exemple), mais de faire baisser leur prix. Cette baisse des prix est le résultat de trois mécanismes.
Premier mécanisme : les avantages comparatifs. On l’a vu, le commerce international amène chaque pays à se spécialiser dans la branche pour laquelle il dispose du plus grand avantage (ou du plus petit désavantage) sur ses partenaires commerciaux en termes de productivité ou de coûts de production, et de laisser les autres pays produire le reste ; dans chacun des pays partenaires de l’échange, les marchandises importées sont moins chères que si elles avaient été produites localement – c’est le cœur de l’analyse d’Adam Smith, David Ricardo, et de leurs successeurs.
Deuxième mécanisme : les économies d’échelle. Le commerce international étend le marché des entreprises nationales : puisqu’elles peuvent exporter, elles produisent plus ; cela dilue leurs coûts fixes et fait baisser leur coût unitaire, ce qui leur permet de diminuer leur prix de vente sans réduire leurs profits.
Troisième mécanisme : la concurrence. Le commerce international soumet les entreprises nationales à la concurrence de leur rivales étrangères : cela les oblige à accroître leur efficacité afin de baisser leur prix, pour rester compétitives.
À l’inverse, le protectionnisme tend à faire augmenter les prix. C’est son but assumé, certes : des droits de douanes rendent volontairement les marchandises importées plus chères, afin d’inciter les acheteurs à leur préférer les marchandises locales, dont le prix plus élevé les pénalisaient face à leurs concurrentes étrangères. Mais cela a un coût, et des conséquences négatives pour les ménages et les entreprises.
Un coût pour les consommateurs, d’abord, qui voient leur pouvoir d’achat diminuer, et qui vont consommer moins de marchandises… y compris moins de marchandises locales : si des droits de douanes rendent les t-shirts vietnamiens plus chers, je dépense plus pour mon habillement, et je dépense moins dans les salles de cinéma françaises : le protectionnisme protège des emplois dans un secteur, mais il en détruit dans d’autres secteurs.
Le protectionnisme a également un coût pour les entreprises. Elles sont souvent, elles aussi, acheteuses de produits importés : des matières premières ou des pièces détachées, par exemple. Elles voient donc leurs consommations intermédiaires augmenter, ce qui les amène à augmenter leur prix de vente, ou à réduire les salaires, où à voir leurs profits diminuer. Les droits de douanes appliqués à l’acier européen et chinois par Donald Trump ont ainsi fait augmenter les coûts de production de certaines entreprises américaines : Coca Cola, qui a besoin d’acier pour produire ses canettes, ou Ford, qui a besoin d’acier pour produire ses carrosseries. Ces entreprises ont donc du augmenter leur prix de vente, et ont perdu des clients. Là encore, le protectionnisme peut protéger des emplois dans un secteur, mais à un coût élevé, qui détruit des emplois dans d’autres secteurs.
2. Le commerce international est un facteur de croissance économique
Le commerce international est un facteur de croissance économique. Pourquoi ? Parce qu’il provoque une forme de destruction créatrice, qui a pour conséquence une utilisation plus efficace des facteurs de production.
On a vu que le commerce international amène les pays à se spécialiser dans la production et l’exportation du type de bien pour lequel ils disposent un avantage comparatif, qui découle lui-même de leur dotation factorielle. Cette spécialisation a deux effets :
- D’un côté, par le jeu de la concurrence, elle réduit, voire détruit, la production dans les branches pour lesquelles les autres pays disposent d’un avantage comparatif : par exemple, la production locale de vêtements en France a été laminée par l’ouverture, au milieu des années 1990, aux importations de vêtements produits en Chine, moins chers.
- Mais la spécialisation commerciale, dans le même temps, augmente la production dans la ou les branches pour lesquelles le pays dispose d’un avantage comparatif, qui rend ses exportations compétitives : depuis qu’elle commerce avec la Chine, la France produit certes moins de t-shirt, mais elle exporte plus d’avions.
Le deuxième effet l’emporte sur le premier. Pourquoi ? Parce que la disparition des entreprises détruites par la concurrence étrangère libère des facteurs de production (travail, capital), disponibles pour les branches exportatrices. Or ils sont mieux utilisés dans ces branches, puisqu’elles correspondent à l’avantage comparatif du pays : les coûts de production y sont plus faibles ou, ce qui revient au même, la productivité y est plus élevée. Autrement dit, le commerce international amène les pays à concentrer leurs facteurs de production dans la branche où ils sont le plus efficaces, ce qui accroît la production totale (le PIB), donc le revenu moyen. De fait, on observe une corrélation positive entre l’ampleur du commerce international, et la croissance économique mondiale : plus les exportations mondiales augmentent, plus le PIB mondial augmentent.
Inversement, le protectionnisme immobilise dans certaines branches inefficaces des facteurs de production qui seraient mieux utilisées dans d’autres branches, donc nuit à la croissance. Par exemple, dans les années 1980, le Brésil a voulu favoriser le développement d’une industrie informatique locale, en entravant les importations d’ordinateurs américains. Ce fut un échec : peu adaptée à la dotation factorielle du Brésil, cette industrie informatique brésilienne est restée inefficace, les ordinateurs brésiliens sont restés médiocres et onéreux, ce qui a nui à l’efficacité dans d’autres branches, donc à la croissance économique. Aujourd’hui, le Brésil cherche au contraire à multiplier les accords de libre-échange, avec l’Union européenne notamment, afin d’exploiter pleinement son avantage comparatif : la production et l’exportation de soja et de viande bovine.
3. Le commerce international a réduit les inégalités entre pays
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Les partisans du libre-échange mettent en avant un troisième effet positif du commerce international : il a contribué à réduire les inégalités de revenu entre pays. Dans le chapitre sur la croissance économique, on a vu que les très forts écarts de richesse entre les pays occidentaux et les autres, creusés par un démarrage plus précoce de la croissance en Europe de l’ouest et en Amérique du nord, tendent à se réduire depuis les années 1980-90 : l’essor du commerce international y a contribué, de plusieurs manières.
Le premier mécanisme est ancien : le commerce international a offert un débouché aux ressources naturelles, agricoles, énergétiques ou minières, dont disposent certains pays pauvres ou à revenu intermédiaire.Grâce au commerce international, la Côte d’Ivoire peut exporter son cacao, le Nigeria son pétrole, le Chili son cuivre, etc., vers des pays dotés des activités industrielles qui nécessitent ces matières premières. Sans le commerce international, ces pays ne pourraient pas tirer profit de leurs ressources naturelles, puisqu’ils ne disposent pas de l’industrie qui les transforment. Ces exportations ont stimulé le PIB des pays concernés, et en constituent une part importante ; cette croissance économique, plus rapide que la croissance démographique, a augmenté les revenus. Cependant, à long terme, ce genre de commerce entre pays exportateurs de matières premières et pays exportateurs de produits transformés peut s’avérer inégal, en enfermant les premiers dans des spécialisations défavorables : nous y reviendrons.
Surtout, le développement des chaînes de valeur mondiale à partir des année 1990 a stimulé la croissance dans un certain nombre de pays autrefois pauvres, en particulier en Asie du Sud-est. Les chaînes de valeur mondiales ont en effet suscité une activité industrielle dans des pays en développement, où les firmes multinationales sont venus chercher une main d’œuvre abondante et bon marché, chargée des tâches d’assemblage. La Chine dans les années 1990, le Bangladesh dans les années 2000, le Vietnam aujourd’hui, en sont l’exemple. Cette activité industrielle a créé des emplois plus productifs que les emplois agricoles ou artisanaux, et a transféré la main d’œuvre agricole ou artisanale vers des emplois industriels mieux rémunérés : ce transfert de main d’œuvre a élevé le niveau de vie des travailleurs et des pays concernés. Cette augmentation des revenus a fortement réduit la pauvreté, et permis l’émergence d’une classe moyenne dans ces pays, dits « émergents ».
D’une manière générale, le commerce international a stimulé la croissance d’un certain nombre de pays pauvres, en leur permettant d’exploiter leur dotation factorielle spécifique et l’avantage comparatif qui en découle : abondantes ressources naturelles pour les uns, abondante main d’œuvre peu qualifiée pour les autres. La croissance des pays riches a, elle aussi, été stimulée par l’essor du commerce international, mais dans une moindre mesure : entre 1990 et 2019, le PIB par habitant des pays pauvres a augmenté d’environ 150 %, pendant qu’il augmentait de 50 % dans les pays riches.
Cette capacité du commerce international à réduire la pauvreté et les inégalités de revenus dans le monde est le deuxième argument fort des partisans du libre-échange. Plusieurs nuances doivent cependant être apportées à cet argumentaire.
B. Le commerce international a des effets négatifs et des perdants, qui plaident pour le protectionnisme
1. Toutes les spécialisations ne se valent pas, ce qui plaide pour un « protectionnisme éducateur »
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Une des principales limites du commerce international, c’est que toutes les spécialisations ne se valent pas. Les théories du commerce international reposent toutes, depuis Adam Smith et David Ricardo, sur l’idée selon laquelle ce dernier est bénéfique dans la mesure où il permet la spécialisation. Mais certaines spécialisations sont plus avantageuses que d’autres.
Une spécialisation dans des exportations de produits agricoles s’avère ainsi moins avantageuse à long terme qu’une spécialisation dans les activités industrielles, qui créent plus de valeur ajoutée et suscitent davantage de progrès technique, donc plus de croissance économique. La spécialisation dans l’extraction et l’exportation d’une matière première minière ou énergétique, comme le pétrole, peut s’avérer un piège : si le pays concerné ne diversifie pas son activité, il devient dépendant d’un produit unique dont le cours mondial est susceptible de très fortes variations, et par ailleurs susceptible de s’épuiser.
De même, l’analyse des chaînes de valeur mondiale, notamment celle des produits numériques, montre une répartition inégale de la création de valeur ajoutée entre les différentes étapes de la production, donc entre les différents pays qui y participent. Les activités « en amont » (recherche-développement, design, fabrication de composants-clés, logistique d’approvisionnement), et les activités « en aval » (marketing, stratégie de marque, services aux clients) sont celles qui, aujourd’hui, créent le plus de valeur ajoutée. La valeur ajoutée est en revanche plus faible dans les activités de milieu de chaîne comme l’assemblage, souvent externalisées dans des économies émergentes ou en développement.
Ceci plaide pour un « protectionnisme éducateur », idée théorisée au 19ème siècle par l’économiste allemand Friedrich List. Des pays piégés dans une spécialisation à faible valeur ajoutée peuvent chercher à en changer, par exemple en passant d’une spécialisation dans l’assemblage à une spécialisation dans la conception. Pour ce faire, l’État peut instaurer des mesures protectionnistes temporaires qui protègent la nouvelle industrie « dans l’enfance », le temps qu’elle acquière une certaine « maturité » (maîtrise des technologies, formation des travailleurs, réduction des coûts, gains de productivité, etc.). Une fois sa compétitivité construite, le protectionnisme peut être levé.
Cette stratégie a été mis en place avec succès dans plusieurs pays d’Asie du sud-est dans les années 1980 et 1990, notamment à Taïwan (siège de l’entreprise Acer) ou en Corée du sud (siège de l’entreprise Samsung). Elle comporte cependant des risques : on l’a vu, le protectionnisme éducateur mis en place par le Brésil dans les années 1980 pour se doter d’une industrie informatique a provoqué une hausse des prix et une dégradation de la qualité des ordinateurs, et a fini par échouer.
2. Le commerce international a accru les inégalités au sein des pays
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Deuxième limite du commerce international : s’il a contribué à réduire les inégalités de revenus entre pays, il a au contraire contribué au creusement des inégalités de revenus au sein des pays, tant dans les pays développés que dans les pays en développement.
Le commerce international, on l’a vu, est lié au développement de chaînes de valeur mondiales. Or ces chaînes de valeur mondiale ont créé, dans les pays pauvres ou émergents, de fortes inégalités entre les travailleurs des entreprises et des régions insérées dans les chaînes de valeur mondiale (l’est de la Chine, par exemple), qui ont vu leurs revenus fortement augmenter, et les travailleurs des régions souvent rurales restées à l’écart des échanges mondiaux, dont les revenus ont stagné.
Dans les pays riches, l’accélération du commerce avec les économies émergentes à bas coût du travail a conduit les entreprises à se spécialiser dans les tâches de conception les plus sophistiquées, évolution favorable aux salariés les plus qualifiés : plus demandés, ils ont vu leurs rémunérations augmenter, et font partie des gagnants du commerce international. Au contraire, l’externalisation et la délocalisation des tâches industrielles peu qualifiées, l’assemblage en particulier, a entraîné la destruction d’une grande partie des emplois industriels, ce qui a exercé une pression à la baisse sur les revenus des catégories populaires occidentales. Ces destructions d’emplois industriels par le commerce international constitue la principale justification des mesures protectionnistes mises en place aux États-Unis par Donald Trump (et avant lui par Joe Biden) et en Europe (où les voitures chinoises font l’objet de droits de douane pour protéger l’emploi dans l’industrie automobile européenne).
3. Les autres justifications du protectionnisme
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Outre ces deux arguments classiques — sortir d’une spécialisation désavantageuse à long terme, protéger les perdants du commerce international et le creusement des inégalités au sein des pays — les économistes avancent aujourd’hui trois autres justifications possibles du protectionnismes.
Protéger des secteurs stratégiques afin de conserver une souveraineté, d’abord. Le commerce international crée, par définition, des interdépendances : une fois spécialisé dans la production du bien A, le pays 1 dépend du pays 2 pour se fournir le bien B. Or une telle dépendance, pour certains types de bien, peut réduire la souveraineté du pays 1, c’est-à-dire sa capacité à prendre des décisions libres, sans subir l’influence du pays 2. C’est le cas par exemple pour les armes. Dépendre d’un autre pays pour se procurer des armes, c’est se retrouver en position très difficile s’il devient hostile : le Danemark, très dépendant de l’armement américain, le découvre brutalement aujourd’hui, à l’heure où le président américain affiche son intention d’annexer le Groenland. C’est le cas également pour certains composants électroniques vitaux pour de nombreux secteurs : par exemple, l’industrie numérique américaine dépend très fortement des semi-conducteurs de haute qualité produits presque exclusivement à Taiwan ; d’où le CHIPS and Science Act américain de 2022, une politique protectionniste dont l’objectif est de favoriser, à grands coups de subventions, l’émergence d’une production de semi-conducteurs aux États-Unis.
Répondre au protectionnisme des autres, ensuite. Le pays 1 peut décider de mettre en œuvre des mesures protectionnistes afin en riposte aux mesures protectionnistes mises en œuvre par le pays 2. Ce genre de riposte peut relever de deux logiques. Elle peut avoir pour but d’engager un rapport de force avec le pays 2, pour l’amener à renoncer à ses mesures protectionnistes : « tu pénalises mes exportateurs, je pénalise les tiens, jusqu’à ce que tu cesses de le faire ». C’est ce qu’a fait la Chine en 2025 avec un certain succès, pour forcer les Etats-Unis a réduire leurs droits de douanes sur les produits chinois. Une telle riposte peut également avoir pour but de restaurer les conditions d’une concurrence loyale, faussée par le protectionnisme du pays 2 : « tu subventionnes tes exportateurs, ce qui les avantage injustement par rapport à mes producteurs locaux, j’instaure des droits de douanes pour rétablir une concurrence loyale ». C’est ce qu’a fait l’Union européenne en 2025, en taxant les véhicules électriques chinois, dont les producteurs sont fortement subventionnés par les pouvoirs publics, ce qui leur permet des prix bas.
Protéger l’environnement et le droit du travail, enfin. Si le pays 1 met en place des obligations environnementales ou un droit du travail que ses entreprises doivent respecter, et si le pays 2 ne fait pas de même, ce dernier bénéficie d’un avantage commercial : les entreprises du pays 1, confrontées à des coûts plus élevés, vont augmenter leur prix et perdre des clients, ou délocaliser leurs activités dans le pays 2 ; dans les deux cas, des emplois sont détruits dans le pays 1. Pour rétablir une concurrence à armes égales avec les entreprises du pays 2, le pays 1 peut décider d’instaurer des mesures protectionnistes. C’est ce que fait l’Union européenne : depuis le 1er janvier 2026, une « taxe carbone aux frontières de l’Union européenne » s’applique aux marchandises produites dans des pays qui ne soumettent pas leurs entreprises aux mêmes obligations écologiques que celles auxquelles les entreprises européennes sont soumises.
Protéger sa souveraineté, répondre au protectionnisme des autres, protéger l’environnement ou le droit du travail : voici donc trois autres justifications possibles du protectionnisme.
V. Productivité, compétitivité, et aptitude à exporter
Objectif d’apprentissage : comprendre que la productivité des firmes sous-tend la compétitivité d’un pays, c’est-à-dire son aptitude à exporter.
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On a examiné les raisons pour lesquelles les pays pratiquent le commerce international : ce dernier est mutuellement avantageux. On a vu les raisons pour lesquelles ils se spécialisent dans telle ou telle branche : cela dépend de leur dotation factorielle, notamment. Mais il reste une question à résoudre : pourquoi certains pays exportent-ils plus que d’autres ? Pourquoi, par exemple, l’Allemagne exporte-t-elle plus d’automobiles que la France vers les Etat-Unis ? Nous allons voir que l’aptitude d’un pays à exporter dépend de la compétitivité de ses entreprises, qui dépend elle-même de leur productivité.
Explicitons le mécanisme. Si le pays A exporte plus de marchandises que le pays B vers le pays C, c’est parce que les clients du pays C préfèrent les produits du pays A à ceux du pays B. Autrement dit, sur le marché du pays C, les entreprises du pays A sont plus compétitives que celles du pays B. La compétitivité d’une entreprise, c’est sa capacité à faire mieux que les entreprises concurrentes. On distingue deux types de compétitivité : la compétitivité-prix et la compétitivité hors-prix. La compétitivité-prix, c’est la capacité d’une entreprise à faire mieux que ses concurrentes en proposant des prix plus bas. La compétitivité hors-prix, cela désigne la capacité d’une entreprise à faire mieux que ses concurrentes en jouant sur un autre paramètre que le prix, en différenciant son produit, par la qualité, l’innovation, ou l’image. La première stratégie suppose une baisse des coûts de production. La deuxième stratégie suppose au contraire des coûts supplémentaires en recherche-développement, en design ou en publicité.
Or chacune de ces deux formes de compétitivité dépend, finalement, de la productivité de l’entreprise, c’est-à-dire du rapport entre sa production (mesurée en unités physiques ou en valeur ajoutée) et la quantité de travail qu’elle utilise pour produire :
- C’est vrai pour les stratégies de compétitivité-prix. Entre deux entreprises, celle qui parvient à proposer le prix le plus bas est celle qui a la meilleure productivité : elle produit la même quantité avec moins de travailleurs que sa concurrente ; chaque unité produite lui coûte donc moins cher ; elle peut donc proposer un prix de vente plus bas. L’industrie automobile allemande en offre l’exemple : en robotisant fortement ses chaines de montage, elle a réduit ses coûts en travail, ce qui assure sa compétitivité-prix sur les marchés étrangers, et fait augmenter les exportations du pays.
- C’est vrai pour les stratégies de compétitivité hors prix. Une entreprise plus productive qu’une autre dégage plus de valeur ajoutée avec le nombre de travailleurs. Pour les mêmes salaires, elle a donc un profit plus grand. Cela lui permet d’investir davantage dans la recherche-développement, par exemple : plus innovante, elle sera plus compétitive. C’est par exemple ce qui permet à l’industrie automobile allemande, par un processus continu d’amélioration de ses produits, de cultiver l’image d’une « qualité allemande », d’un haut niveau de finition, etc., image qui lui permet de gagner des parts de marchés à l’étranger, ce qui contribue là aussi aux exportations de l’Allemagne.
La productivité des firmes d’un pays sous-tend donc bien leur compétitivité, qui détermine l’aptitude du pays à exporter.